long story longer

La musique est dans ma famille. Ma grand-mère Maria Amélia était pianiste amatrice. Mon oncle João, musicien de formation, m’a offert ma toute première guitare pour le Noël de mes 10 ans. Mon père, médecin, aimait improviser sur un piano qu’il avait loué pour la maison. Ma mère chantait toutes les chansons de la bossa nova. Mes plus lointains souvenirs musicaux sont des LP de la 5ème de Beethoven, Sir Edward Elgar’s Pomp and Circumstance at the Last Night of the Proms, Les Beatles - A Hard Days Night, et toute la musique brésilienne (Jobim, Chico Buarque, Elis...) qui devait résonner dans cette maison aux débuts des années 70 (je suis né le 2 décembre 1971).

Dix ou douze ans plus tard je me mettais à la guitare. Les disques de Queen, Black Sabbath, Deep Purple, Iron Maiden, étaient les maîtres; avec une main je tenais la guitare et avec l’autre je plaçais et re-plaçais l'aiguille du tourne-disque au début des plages ou des solos de guitare que j'essayais de comprendre et d’apprendre à jouer. Cette discothèque, qui m’a alimenté plusieurs années,  a cédé sa place à la musique instrumentale brésilienne (qui arrivait chez mes disquaires vers la fin des années 80) et aux disques de jazz de Metheny, Miles, Gillespie ou bien des cassettes que m’envoyait des temps en temps mon oncle – « Friday night in San Francisco », Keith Jarrett, Victor Assis Brasil, Phil Woods, Thad Jones. Ces disques-là, tout comme ceux de rock, étaient tous tachés de mes empreintes à force d’être manipulés avec la main qui ne tenait pas la guitare. Mais l’écoute en continu de ces disques n’était pas suffisante. Il me fallait également prendre des cours d’harmonie pour commencer à mieux comprendre mon instrument et ce que je voulais en faire.

Aux débuts de l’Internet (l’abondance des contenus en ligne, de YouTube, et encore moins le streaming, n’existaient pas encore), je pouvais rechercher des catalogues de disques, de livres, et passer des commandes ! Un de ces documents m’a été particulièrement utile : une VHS, « Improviser’s guide to transcription » de David Liebman, qui m’a donné une méthode pour mener plus loin cet apprentissage par la copie, l'imitation et la transcription de la musique et des improvisations des maîtres.

À cette époque, autour de mes vingt ans, je faisais partie d’un trio de musique instrumentale qui commençait à jouer dans les bars de Vitoria. C’étaient mes débuts en tant que guitariste. J'avais très peu d’expérience et une très grande envie de jouer, d’improviser, d’apprendre. Evandro Gracelli, un ami guitariste capixaba (originaire de Vitoria) a exercé une importante influence sur moi. Il était parti étudier à Campinas et, à chaque fois qu’il revenait à Vitoria, il apportait des disques ou des cassettes et on se retrouvait pour jouer. Il m’a appris beaucoup de choses à la guitare. 

La musique était à ce moment-là encore attachée à des supports physiques. On passait longtemps avec UN disque, UNE cassette qui nous serait parvenue par la main d’un ange-ami. De nos jours on a d’un seul coup, tout le monde a accès à tous les disques au bout du doigt. Je m’interroge souvent sur les 

Et il m’a aussi présenté à quelques-uns de ses camarades musiciens de Campinas, qui sont venus participer avec lui à des concerts que j’organisais chez nous parfois. C’est ainsi que j’ai rencontré le batteur Ricardo Moska et le bassiste Ricardo Finazzi. Avec Finazzi, Evandro et Emilio Martins, on avait un groupe, Pata de Baleia (« patte de baleine ») où l’on jouait notre propre musique. Peu après, en 1994, j’ai enregistré mon premier album avec Finazzi à la basse, Sergio Melo à la batterie, Pedro de Alcântara au piano et Felipe Salles au saxophone. 

Je suis parti du Brésil pour vivre en France en 1999, où j’ai eu l’occasion de connaître le Théâtre du Soleil et devenir  musicien assistant de Jean-Jacques Lemêtre. Cette compagnie de théâtre et ce compositeur m’ont accueilli et cette expérience a été un tournant décisif dans ma vie. Au cours de cette période, j’ai dû pratiquement arrêter de jouer de la guitare pendant 4 ans pour me dédier au spectacle « Tambours sur la Digue ». J’ai été formé aux percussions coréennes Samulnori et j’ai surtout appris, avec M. Lemêtre, comment accompagner des acteurs et faire de la musique pour la scène. Là, j’ai connu des instruments et des musiques du monde entier. Surtout, en tant qu’instrumentiste, ma technique était plutôt comparable à celle d’un batteur qui joue de différents rythmes avec chaque membre de son corps… sauf que certains instruments de mon “setup” étaient des instruments à cordes, frottées, pincées et percutées, en plus des percussions traditionnelles. Et je faisais tout cela en suivant le chef (de l’orchestre de 3 musiciens et 150 instruments) et le déroulement de l’action sur scène, dans un spectacle qui durait 3 heures.

​Après cette expérience au Soleil, le théâtre et moi-même ne nous sommes plus quittés. Même dans mes activités hors-théâtrales, d’importants aspects de la musique de scène sont restés présents. Souvent, dans les groupes et projets musicaux auxquels j’ai participé depuis lors, on me voyait arriver avec d’autres instruments (bouzouki, viola da gamba, oud, saz, banjo, etc.), en plus des guitares et des percussions.

Au Brésil, de retour de France, en tant que musicien et/ou compositeur j’ai travaillé avec différentes compagnies de théâtre et metteurs en scène: la compagnie Amok Teatro, dirigée par Ana Teixeira et Stéphane Brodt, le Grupo Hombu et Aderbal Freire Filho. J’ai fait partie du groupe du chanteur et violoncelliste Lui Coimbra et, pendant plusieurs années, j’ai accompagné le groupe Chicas. Toutes ces rencontres ont été, d’une manière ou d’une autre, liées au théâtre, comme celle avec Pedro Rocha et Amora Pera, qui sont devenus de grands amis et collaborateurs. À la même époque, j’ai connu la comédienne et chanteuse canadienne Patricia Cano, qui était à Rio. Nous y avons fait notre premier concert et cela a marqué le début d’une longue collaboration qui dure jusqu’à présent. Grâce à cela j’ai connu d’autres musiciens canadiens comme le percussionniste Luis Orbegoso et le compositeur multi-instrumentiste Louis Simão, avec qui nous avons produit un album qui sortira en 2021.

En 2012, je suis retourné vivre en France. J’ai commencé à travailler avec la chanteuse chypriote Vakia Stavrou en écrivant ses arrangements et en l’accompagnant en concert. J’ai formé en 2013, avec les chanteurs et comédiens Matias Chebel et Pablo Contestabile, le Trio Belconte, qui m’a fait découvrir l’accent de la zamba et de la chacarera. C’est la preuve que le Brésil et l’Argentine peuvent très bien s’entendre !

En 2014, j’ai commencé à travailler avec la compagnie Toda Via Teatro au cours de la création du spectacle Le Révizor de Gogol. Je me suis uni aux huit comédiens de la compagnie pour interpréter ce classique, adapté et mis en scène par Paula Giusti. Le défi d’accompagner en musique l’humour si singulier de Gogol et la rigueur du jeu de la marionnette ont fait de ce travail un précieux moment d’apprentissage pour moi.

La compagnie a ensuite monté Le Pain Nu, d’après la biographie de Mohamed Choukri, créé en 2019. Ce spectacle met en scène deux comédiens, Pablo Contestabile et Pablo Delgado, qui interagissent avec des dessins de Pablo Flaiszman projetés sur deux grands écrans. La musique a fonctionné comme lien indispensable entre le monde des dessins et celui des chairs et des os.

Pour moi la création musicale au théâtre se fait pendant les répétitions. C’est-à-dire que la musique “arrive” sur le plateau grâce à ce que m’évoque le texte et tout ce qui est sur scène, à ce que l’histoire me demande en tant que musicien, à ce que les instruments et moi pouvons dire quand nous sommes immergés dans une création théâtrale.